Vous percevez une rente trimestrielle après un accident du travail et vous envisagez d’en convertir une partie en capital. La réforme AT-MP, dont l’entrée en vigueur est fixée au 1er novembre 2026, change profondément les règles de calcul de l’incapacité permanente.
Le critère qui détermine quel régime s’applique à votre dossier n’est pas la date de votre accident, mais la date de consolidation de votre état de santé. Selon que votre consolidation intervient avant ou après cette échéance, les montants et les modalités de rachat de rente accident de travail diffèrent.
Consolidation médicale avant novembre 2026 : le verrou de votre dossier
Le régime applicable à votre indemnisation dépend d’un moment précis : celui où le médecin-conseil de la CPAM fixe votre date de consolidation. Ce n’est pas la date de l’accident qui compte.
Si votre état est consolidé avant le 1er novembre 2026, votre rente reste calculée selon l’ancien barème. Le rachat partiel de rente s’applique alors dans les conditions actuelles du code de la sécurité sociale.
Si la consolidation survient à partir du 1er novembre 2026, le nouveau calcul à deux parts s’applique automatiquement. La rente intègre une part professionnelle (perte de revenus) et une part fonctionnelle (déficit fonctionnel permanent). Cette séparation modifie la base sur laquelle le rachat partiel est calculé.
Pourquoi accélérer la consolidation peut être risqué
Demander une consolidation anticipée pour rester sous l’ancien régime comporte un piège concret. Si votre état de santé n’est pas encore stabilisé, le taux d’incapacité permanente sera fixé plus bas que ce que vous obtiendriez quelques mois après.
Un taux sous-évalué réduit mécaniquement le montant de votre rente. Le capital récupérable lors d’un rachat diminue en proportion.
Un taux d’IPP sous-évalué ne se corrige pas facilement. La seule voie de révision suppose une aggravation médicalement constatée, avec une procédure distincte à engager.

Rachat de rente AT et réforme 2026 : ce qui change concrètement
Le mécanisme du rachat partiel reste encadré par le code de la sécurité sociale. La nouveauté tient à la décomposition de la rente en deux parts. Sur quelle assiette le rachat portera-t-il ? Les textes d’application doivent encore le préciser.
- Si le rachat porte sur la rente globale (les deux parts), le capital versé pourrait être plus élevé. La part fonctionnelle restante diminue d’autant.
- Si le rachat se limite à la part professionnelle, le montant convertible en capital sera inférieur à ce qu’il serait sous l’ancien régime pour un même taux d’IPP.
- Les dossiers déjà consolidés avant le 1er novembre 2026 ne sont pas recalculés rétroactivement : le rachat reste soumis aux anciennes règles.
Cette incertitude technique rend la période actuelle délicate pour toute personne qui hésite entre racheter maintenant ou attendre.
Faute inexcusable de l’employeur : un arbitrage à revoir avant novembre 2026
Vous envisagez peut-être une action en faute inexcusable contre votre employeur en parallèle d’un rachat de rente. La réforme modifie l’équilibre de cette stratégie.
Sous l’ancien régime, la rente ne couvrait pas le déficit fonctionnel permanent. La Cour de cassation l’avait confirmé en janvier 2023. Les victimes pouvaient réclamer une indemnisation complémentaire au titre du DFP dans le cadre d’une procédure en faute inexcusable, somme restant à la charge de l’employeur.
Avec la réforme, la majoration pour faute inexcusable porte désormais sur les deux parts de la rente. La part fonctionnelle étant intégrée, l’indemnisation complémentaire au titre du DFP change de nature. Pour les dossiers consolidés après le 1er novembre 2026, le gain potentiel d’une action en faute inexcusable pourrait différer de ce qu’il représentait auparavant.
Quel impact sur la décision de racheter ?
Avez-vous engagé ou envisagez-vous une action en faute inexcusable ? Racheter une partie de votre rente avant le jugement réduit la base sur laquelle la majoration sera calculée. Racheter avant le jugement en faute inexcusable diminue votre majoration future.
La séquence compte : obtenir d’abord la majoration, puis envisager le rachat si votre situation financière l’exige.

Démarches concrètes à engager avant le 1er novembre 2026
Deux variables déterminent votre situation : votre date de consolidation et l’existence ou non d’une procédure en faute inexcusable. Voici les actions à prioriser.
- Vérifiez auprès de votre médecin-conseil si une date de consolidation est déjà fixée ou prévisible avant le 1er novembre 2026. Si elle l’est, votre dossier relève de l’ancien régime.
- Si votre consolidation n’est pas encore prononcée, demandez à votre médecin traitant un état précis de vos séquelles actuelles. Ce document servira de référence en cas de contestation ultérieure du taux d’IPP.
- Consultez un avocat spécialisé en dommages corporels pour évaluer l’intérêt d’un rachat sous l’ancien régime par rapport au nouveau calcul à deux parts.
- Si une action en faute inexcusable est en cours, ne déposez pas de demande de rachat avant la décision du tribunal.
- En cas de refus de la CPAM sur une demande de rachat, un recours amiable auprès de la commission de recours amiable est obligatoire avant toute saisine du pôle social du tribunal judiciaire.
Les décrets d’application parus le 7 mai 2026 ont rendu la réforme opérationnelle. Les délais de traitement varient selon les caisses, et plusieurs mois peuvent s’écouler entre le dépôt d’une demande et la décision. Attendre septembre 2026 pour agir, c’est risquer que votre dossier bascule dans le nouveau régime sans que vous ayez pu en mesurer les conséquences.
Le rachat de rente accident de travail reste un outil utile pour financer un projet ou sécuriser une trésorerie. La réforme 2026 ne le supprime pas, mais elle en modifie potentiellement l’assiette et l’articulation avec la faute inexcusable. Le calendrier de consolidation conditionne tout le reste : c’est la première information à obtenir avant toute autre démarche.

